Réforme de l'assiette des indépendants : comprendre le « brut − 26 % » (chiffres 2026)
Depuis 2025, cotisations et CSG des indépendants sont calculées sur une assiette unique : le revenu moins 26 %, borné entre 846 € et 62 478 € en 2026. Nouveau barème maladie progressif, qui gagne, qui perd, et un exemple complet à 36 000 € recalculé depuis notre moteur.
Résumé
La LFSS 2024 a remplacé le double calcul « cotisations d'un côté, CSG de l'autre » par une assiette sociale unique : le revenu professionnel brut moins un abattement de 26 %, borné entre 1,76 % et 130 % du PASS (soit 846 € à 62 478 € en 2026). Dans le même mouvement, le barème maladie est devenu progressif — nul sur les bas revenus. L'intention du législateur : moins de CSG (qui n'ouvre aucun droit), plus de cotisations (qui ouvrent retraite et indemnités journalières), à prélèvement global à peu près constant. Voici comment ça marche, qui y gagne, et un exemple à 36 000 € vérifiable ligne à ligne.
Ce qui clochait avant 2025
Jusqu'aux cotisations dues au titre de 2024, l'indépendant subissait deux assiettes distinctes : les cotisations sociales étaient calculées sur le revenu net (lui-même défini… net de cotisations, d'où un calcul circulaire), tandis que la CSG-CRDS frappait une assiette PLUS LARGE — le revenu majoré des cotisations sociales obligatoires. L'indépendant payait donc de la CSG sur des sommes qu'il n'avait jamais touchées.
Double effet pervers : un calcul incompréhensible (deux assiettes, dont une circulaire), et un poids relatif de CSG — prélèvement qui n'ouvre AUCUN droit social — plus lourd que pour un salarié à revenu comparable.
La LFSS 2024 (loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023) a unifié le tout, pour les cotisations dues au titre des périodes courant à compter du 1er janvier 2025. En 2026, la réforme est pleinement en régime de croisière.
Source : LFSS 2024 — loi n° 2023-1250 du 26/12/2023 ; CSS Art. L131-6 et L136-3
La nouvelle assiette unique : revenu − 26 %, bornée
Le principe tient en une ligne : assiette sociale = revenu professionnel brut − abattement forfaitaire de 26 %. Cette assiette unique sert à TOUT : cotisations (maladie, retraite, invalidité, allocations familiales) ET CSG-CRDS (CSS Art. L136-3, L131-6, D136-5).
L'abattement est borné : jamais moins de 1,76 % du PASS (846 € en 2026), jamais plus de 130 % du PASS (62 478 €). La borne haute signifie qu'au-delà d'environ 240 300 € de revenu, l'abattement est figé à 62 478 € : l'avantage relatif des 26 % s'érode pour les très hauts revenus.
L'abattement de 26 % joue le même rôle que les ~30 % de cotisations patronales qui n'entrent pas dans l'assiette CSG d'un salarié : il rapproche les deux populations à traitement social comparable.
Source : CSS Art. L136-3 et D136-5 (assiette et bornes) ; arrêté du 22/12/2025 (PASS 2026)
Le nouveau barème maladie : progressif, et nul en bas
L'autre pilier de la réforme : la cotisation maladie-maternité n'est plus un taux unique mais un barème progressif marginal (CSS Art. D621-2), par tranches d'assiette exprimées en fractions du PASS : 0 % jusqu'à 20 % du PASS, 1,5 % jusqu'à 40 %, 4 % jusqu'à 60 %, 6,5 % jusqu'à 110 %, 7,7 % jusqu'à 2 PASS, 8,5 % jusqu'à 3 PASS, puis 6,5 % au-delà (CSS Art. D621-1). S'y ajoutent 0,5 % d'indemnités journalières jusqu'à 5 PASS.
Comme tout barème marginal, chaque taux ne s'applique qu'à la tranche concernée. Un indépendant dont l'assiette reste sous 20 % du PASS (9 612 € en 2026) ne paie AUCUNE cotisation maladie — du jamais vu avant la réforme.
Le reste de la grille : retraite de base 17,87 % sous le PASS puis 0,72 % (CSS Art. D633-3), retraite complémentaire 8,1 % sous le PASS puis 9,1 % jusqu'à 4 PASS (D635-7), invalidité-décès 1,3 %, allocations familiales nulles sous 110 % du PASS puis progressives jusqu'à 3,1 % à 140 % du PASS (D613-1), CSG-CRDS 9,7 %.
Source : CSS Art. D621-1, D621-2 (maladie), D621-3 (IJ), D633-3 (retraite de base), D635-7 (RCI), D613-1 (AF)
L'exemple complet : 36 000 € de revenu → 10 896 € de prélèvements
Prenons un gérant TNS avec 36 000 € de revenu professionnel en 2026. Abattement : 26 % × 36 000 € = 9 360 € (dans les bornes). Assiette unique : 26 640 €.
Sur cette assiette : maladie + indemnités journalières 1 047 € (barème progressif — les premiers 9 612 € ne paient rien) • retraite de base 4 761 € (17,87 %) • retraite complémentaire 2 158 € (8,1 %) • invalidité-décès 346 € (1,3 %) • allocations familiales 0 € (assiette sous 110 % du PASS) • CSG-CRDS 2 584 € (9,7 %).
Total : 10 896 €, soit environ 30 % du revenu brut. Chaque ligne ci-dessus se recalcule à la main depuis les taux cités — et c'est exactement ce que fait notre moteur, au centime près.
Source : Recalcul FiscaClear — grille CSS D621-2 et suivants, PASS 2026
Qui gagne, qui perd
Les bas revenus gagnent nettement : abattement de 26 %, maladie à 0 % sous 9 612 € d'assiette, allocations familiales nulles sous 110 % du PASS. Un indépendant modeste paie moins ET valide mieux sa retraite qu'avant.
Les revenus moyens : le prélèvement global bouge peu, mais sa composition change — moins de CSG (assiette réduite de 26 %, contre une assiette majorée des cotisations avant la réforme), plus de cotisations retraite. À montant égal, c'est un gain : la CSG n'ouvre aucun droit, les cotisations retraite si.
Les très hauts revenus contribuent davantage : l'abattement est plafonné à 62 478 € (au-delà d'environ 240 300 € de revenu, il ne représente plus 26 %), et le barème maladie conserve 6,5 % au-delà de 3 PASS.
Les micro-entrepreneurs ne sont PAS concernés : leurs cotisations restent un pourcentage forfaitaire du chiffre d'affaires. La réforme vise les TNS « classiques » : gérants majoritaires, BNC/BIC au réel, professions libérales.
Source : LFSS 2024 (exposé des motifs : renforcer les droits contributifs) ; CSS Art. L136-3
Vérifier par vous-même (et pourquoi on peut nous croire)
Une réforme d'assiette est le terrain idéal des chiffres faux : la moitié des contenus en ligne mélange encore l'ancienne CSG « assiette majorée » avec le nouveau barème maladie. Deux moyens de vérifier n'importe quel chiffre de cet article :
La contre-implémentation de référence : le simulateur mon-entreprise, maintenu par l'URSSAF, implémente la grille « après réforme » en open source (règles Publicodes publiques sur GitHub). Notre moteur est contre-vérifié article par article contre cette implémentation — mêmes taux, mêmes références du Code de la sécurité sociale.
Les textes eux-mêmes : chaque taux de cet article porte sa référence (D621-2 pour le barème maladie, D633-3 pour la retraite de base, L136-3 pour l'assiette…). En cas de doute, Légifrance est juge de paix.
Et pour VOTRE situation — avec votre statut, votre rémunération, vos dividendes éventuels — notre simulateur applique cette grille exacte et vous montre le détail ligne à ligne.
Source : mon-entreprise.urssaf.fr (règles Publicodes open source) ; Légifrance
Questions fréquentes
L'abattement de 26 % s'applique-t-il à tous les indépendants ?
Il s'applique aux TNS « classiques » (gérants majoritaires, entrepreneurs individuels au réel, professions libérales) pour les cotisations dues au titre des périodes depuis le 1er janvier 2025. Les micro-entrepreneurs ne sont pas concernés : ils restent aux taux forfaitaires sur le chiffre d'affaires.
Ma CSG a-t-elle baissé avec la réforme ?
Son assiette, oui : la CSG-CRDS (9,7 %) se calcule désormais sur le revenu moins 26 %, alors qu'avant elle frappait le revenu MAJORÉ des cotisations sociales. En contrepartie, les cotisations — génératrices de droits retraite — pèsent davantage : l'opération est pensée à prélèvement global proche, mais à droits sociaux renforcés.
L'abattement de 26 % est-il toujours exactement de 26 % ?
Non, il est borné : au minimum 846 € (1,76 % du PASS 2026) et au maximum 62 478 € (130 % du PASS). Au-delà d'environ 240 300 € de revenu, l'abattement est figé et représente donc moins de 26 %.
Un indépendant à faible revenu paie-t-il vraiment 0 € de cotisation maladie ?
Oui, sur la part maladie-maternité : le barème progressif (CSS D621-2) est à 0 % jusqu'à 20 % du PASS d'assiette, soit 9 612 € en 2026. Restent dues les autres lignes (retraite, CSG, IJ…), et des cotisations minimales peuvent s'appliquer pour valider des droits.
Où vérifier ces chiffres officiellement ?
Sur Légifrance pour les textes (CSS Art. L136-3, D136-5, D621-2, D633-3…), et sur mon-entreprise.urssaf.fr pour un calcul officiel : le simulateur de l'URSSAF implémente la même grille, en open source. Notre moteur est contre-vérifié contre ces deux sources.
Sources officielles
Vous voulez calculer concrètement votre situation ?
Faire mon diagnostic gratuitFiscaClear est un outil d'aide à la décision — ne constitue pas un conseil professionnel. Validez avec un professionnel qualifié (expert-comptable, avocat fiscaliste).